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The novel of Banteay Srei 

 

 

André Malraux, 1901 - 1976

André Malraux, La voie royale (The royal way)

 

André Malraux, world famous French author and later "ministre de la culture" has described in "La voie royale, 1930" ( The royal way ) the adventure of looting statues in Banteay Srei Temple.

 

The title "The Royal Way" means the ancient Khmer roads leading from central Angkor to the other cities of the ancient Empire.

The novel is based on the author's personal experiences in Angkor; Malraux has been envolved in a looting crime that is know as the "affaire Malraux", it even brought him for some days to jail.

This early novel already anticipates the later philosophic approach, developed by the great French "existentialistes" such as Albert Camus and Jean-Paul Sartre.

 

 

Every visitor of Banteay Srei Temple should know this novel and at least read the following passage.

 

We provide you the original text in French language.

 

 

With google translator (toolbar on the top of this page), the original French text can be translated in over 60 languages.

 

Select your language in the above toolbar  -  and enjoy your Banteay Srei literature adventure!

 

 

  

André Malraux, La voie royale, 1930

 

- Parlons d’argent.

- C’est bien simple : un petit bas-relief, une statue quelconque, valent une trentaine de mille francs.

- Francs or ?

- Vous êtes trop gourmand.

- Tant pis. Il m’en faut dix au moins. Dix, pour vous : vingt.

- Vingt pierres.

- Evidemment, ce n’est pas le diable …

- Et d’ailleurs, un seul bas-relief, s’il est beau, une danseuse, par exemple, vaut au moins deux cent mille francs

- Il est composé de combien de pierres ?

- Trois, quatre …

- Et vous êtes certain de les vendre ?

- Certain. Je connais les plus grands spécialistes de Londres et de Paris. Et il est facile d’organiser une vente publique.

- Facile, mais long ?

- Rien ne vous empêche de vendre directement ; j’entends, sans vente publique. Ces objets sont de toute rareté : la grande hausse des objets asiatiques date de la fin de la guerre, et on n’a rien découvert depuis.

- Autre chose : supposons que nous trouvions les temples …

(<<Nous>> murmura Claude.)

<< Comment comptez-vous dégager les pierres sculptées ?

- Ce sera le plus difficile. J’ai pensé …

- De gros blocs, si je me souviens bien ?

- Attention : les temples khmers sont construits sans ciment ni fondations. Des châteaux de dominos.

- Chaque domino, voyons : cinquante centimètres au carré de section, un mètre de long … Sept cent cinquante kilos à peu près. Légers objets ! …

- J’ai pensé aux scies de long, pour n’emporter que la face sculptée, sur peu d’épaisseur : impossible. Les scies à métaux, - plus rapides -, j’en ai. Il faut surtout compter sur le temps qui a fichu presque tout par terre, sur le figuier des ruines et les incendiaires siamois qui ont accompli assez bien le même travail.

- J’ai rencontré plus d’éboulis que de temples … Et les chercheurs de trésors, eux aussi, ont passé par là … Jusqu’ici, je ne pensais guère aux temples qu’en fonction d’eux … (…)

Le guide souriait, l’index toujours tendu. Jamais Claude n’avait éprouvé un tel désir de frapper. Serrant les poings, il se retourna vers Perken, qui souriait aussi. L’amitié que Claude lui Claude lui portait se changea d’un coup en fureur ; pourtant, orienté par la direction commune des regards, il détourna la tête : la porte, qui sans doute avait été monumentale, commençait en avant du mur, et non où il la cherchait. Ce que regardaient tous ces hommes habitués à la forêt, c’était l’un de ses angles, debout comme une pyramide sur des décombres, et portant à son sommet, fragile mais intacte, une figure de grès au diadème sculpté avec une extrême précision. Claude, entre les feuilles, distinguait maintenant un oiseau de pierre, avec des ailes éployées et un bec de perroquet ; un épais rai de soleil se brisait sur l’une de ses pattes. Sa colère disparut dans ce minuscule espace éblouissant ; la joie l’envahit, une reconnaissance sans objet, une allégresse aussitôt suivie d’un attendrissement stupide. Il avança sans y prendre garde, possédé par la sculpture, jusqu’en face de la porte. Le linteau s’était écroulé, entraînant tout ce qui le surmontait, mais les branches qui enserraient les montants restés debout, tressées, formaient une voûte à la fois noueuse et molle que le soleil ne traversait pas. A travers le tunnel, au-delà des pierres écroulées dans les angles noirs, à contre-jour, obstruaient le passage, était tendu un rideau de pariétaires, de plantes légères ramifiées en veines de sève. Perken le creva, découvrant un éblouissement confus d’où ne sortaient que les triangles des feuilles d’agave, d’un éclat de miroir ; Claude franchit le passage, de pierre en pierre, en s’appuyant aux murs, et frotta contre son pantalon ses mains pour se délivrer de la sensation d’éponge née de la mousse. Il se souvint soudain du mur aux fourmis : comme alors, un trou brillant, peuplé de feuilles, semblait s’être évanoui dans la grande lumière trouble, rétablie une fois de plus sur son empire pourri. Des pierres, des pierres, quelques-unes à plat, presque toutes un angles en l’air : un chantier envahi par la brousse. Des pans de mur de grès violet, les uns sculptés, les autres nus, d’où pendaient des fougères ; certains portaient la patine rouge du feu. Devant lui, des bas-reliefs de haute époque, très indianisés (Claude s’approchait d’eux), mais très beaux, entouraient d’anciennes ouvertures à demi cachées sous un rempart de pierres éboulées. Il se décida à les dépasser du regard : au-dessus, trois tours démolies jusqu’à deux mètres du sol, leurs trois tronçons sortant d’un écroulement si total que la végétation naine seule s’y développait, comme fichés dans cet éblouis ; des grenouilles jaunes s’en écartaient avec lenteur. Les ombres s’étaient raccourcies : le soleil invisible montait dans le ciel. (…)

Déjà Claude faisait dégager le sol, afin que la pierre ne se brisât pas en en rencontrant une autre. Pendant que les hommes maniaient les blocs, il la regardait : sur l’une des têtes, dont les lèvres souriaient comme le font d’ordinaire celles des statues khmères, une mousse très fine s’étendait, d’un gris bleu, semblable au duvet des pêches d’Europe. Trois hommes la poussèrent de l’épaule, en mesure : elle bascula, tomba sur sa tranche et s’enfonça assez profondément pour rester droite. Son déplacement avait creusé dans la pierre sur laquelle elle reposait deux raies brillantes, que suivaient en rang des fourmis mates, tout occupées à sauver leurs œufs. Mais cette seconde pierre, dont la face supérieure apparaissait maintenant, n’était pas posée comme la première ; elle était encastrée dans le mur encore debout, prise entre deux blocs de plusieurs tonnes. L’en dégager ? il eût fallu jeter bas tout le mur ; et si les pierres des parties sculptées, d’un grès choisi, pouvaient être à grand-peine maniées, les autres, énormes, devaient rester immobiles jusqu’à ce que quelques siècles, ou les figuier des ruines les jetassent à terre.

Comment les Siamois avaient-ils pu détruire tant de temples ? On parlait d’éléphants. Il fallait donc couper ou casser cette pierre pour séparer la partie sculptée, dont les dernières fourmis s’enfuyaient, de la partie brute encastrée dans le mur.

Les conducteurs attendaient, appuyés sur leurs leviers de bois. Perken avait sorti de sa poche son marteau et un ciseau : sans doute le plus sage, en effet, était-il de tracer au ciseau une étroite tranchée dans la pierre, et de la détacher ainsi. Il commença de frapper. Mais, soit qu’il employât mal l’outil, soit que le grès fût très dur, ne sautaient que des fragments de quelques millimètres d’épaisseur.

Les indigènes seraient plus maladroits que lui encore.

Claude ne quittait pas la pierre du regard … Nette, solide, lourde, sur ce fond tremblant de feuilles et de ronds de soleil ; chargée d’hostilité. Il ne distinguait plus les raies, ni la poussière du grès ; les dernières fourmis étaient parties, sans oublier un seul de leurs œufs mous. Cette pierre était là, opiniâtre, être vivant, passif et capable de refus. En Claude montait une sourde et stupide colère : il s’arc-bouta et poussa le bloc, de toute sa force. Son exaspération croissait, cherchant un objet. Perken, le marteau en l’air, le suivait du regard, la bouche à demi ouverte. Cet homme qui connaissait si bien la forêt ignorait tout des pierres. Ah ! Avoir été maçon six mois ! Faire tirer les hommes, tous à la fois, sur une corde ? … Autant gratter avec les ongles. Et comment passer une corde ?

Cependant c’était sa vie menacée qui était là … Sa vie. Tout l’entêtement, la volonté tendue, toute la fureur dominée qui l’avaient guidé à travers cette forêt, tendaient à découvrir cette barrière, cette pierre immobile dressée entre le Siam et lui. (…)

Il respira enfin, lentement, profondément. Claude, lui aussi, était délivré ; plus faible, il eût pleuré. Le monde reprenait possession de lui comme d’un noyé ; la stupide gratitude qu’il avait connue en découvrant la première figure sculptée l’envahissait à nouveau. En face de cette pierre tombée, la cassure en l’air, un accord soudain s’établissait entre la forêt, le temple et lui-même. Il imagina les trois pierres, superposées : deux danseuses parmi les plus pures qu’il connût. Il fallait maintenant les charger sur les charrettes …

 

 

 

 

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